D. ALBERTI MAGNI,

EPISCOPI RATISBONENSIS,

DOCTRINA TOTO ORBE CELEBERRIMI, ORDINIS PRÆDICATORUM,

LIBER DE MULIERE FORTI,

Concionatoribus maxime utilis.

MULIERIS FORTIS ENCOMIUM.

(PROVERB. XXXI, 10-31.)

ALEPH. Mulierem fortem quis inveniet? Procul et de ultimis finibus pretium ejus.

BETH. Confidit in ea cor viri sui, et spoliis non indigebit.

GHIMEL. Reddet ei bonum et non malum, omnibus diebus vitæ suæ.

DALETH. Quæsivit lanam et linum, et operata est consilio manuum suarum.

HE. Facta est quasi navis institoris, de longe portans panem suum.

VAU. Et de nocte surrexit, deditque prædam domesticis suis, et cibaria ancillis suis.

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ZAIN. Consideravit agrum, et emit eum: de fructu manuum suarum plantavit vineam.

HETH. Accinxit fortitudine lumbos suos, et roboravit brachium suum.

TETH. Gustavit, et vidit quia bona est negotiatio ejus: non exstinguetur in nocte lucerna ejus.

IOD. Manum suam misit ad fortia, et digiti ejus apprehenderunt fusum.

CAPH. Manum suam aperuit inopi, et palmas suas extendit ad pauperem.

LAMED. Non timebit domui suæ a frigoribus nivis: omnes enim domestici ejus vestiti sunt duplicibus.

MEM. Stragulatam vestem fecit sibi: byssus et purpura indumentum ejus.

NUN. Nobilis in portis vir ejus, quando sederit cum senatoribus terræ.

SAMECH. Sindonem fecit, et vendidit, et cingulum tradidit Chananæo.

AIN. Fortitudo et decor indumentum ejus, et ridebit in die novissimo.

PHE. Os suum aperuit sapientiae, et lex clementiae in lingua ejus.

SADE. Consideravit semitas domus suæ, et panem otiosa non comedit.

COPH. Surrexerunt filii ejus, et beatissimam prædicaverunt: vir ejus, et laudavit eam.

RES. Multæ filiæ congregaverunt divitias: tu supergressa es universas.

SIN. Fallax gratia, et vana est pulchritudo: mulier timens Dominum ipsa laudabitur.

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THAU. Date ei de fructu manuum suarum, et laudent eam in portis opera ejus 1.

4 Ce poème qu'on peut appeler : Eloge de la Femme forte, est alphabétique, c'es -à-dire que chaque verset commence successivement par une des vingt-deux lettres de l'alphabet hébreu. Nous avons des exemples de semblables acrostiches dans les psaumes ix, x, xiv, xxxvi, cxvii, etc., et dans les Lamentations de Jérémie. On a appelé ce poème l'alphabet d'or des femmes. Les versets se composent de deux nombres où le parallélisme est assez rigoureusement observé.

L'auteur de ce morceau ne nous est pas connu : car bien que le chant se trouve à la suite des paroles de Lamuel (Proverb. xxxi, 10 et seq.), ce n'est pas une raison pour le lui attribuer, d'autant que pour le fond et la forme, il diffère notablement de ce qui précède ; sous ce double rapport, il se rapprocherait davantage des psaumes ou des premiers chapitres du livre des Proverbes. Doit-on attribuer la composition de cet éloge à Salomon, à Agur, à Lamuel ? On ne le sait. Les Septante qui le placent à la suite du chapitre xix, ne l'attribuent donc ni à Agur, ni à Lamuel, qu'ils ne nomment point, du reste, dans leur traduction. D'autre part, la place que lui assigne la tradition juive, à la suite des collections d'Ezéchias, donne à penser que ce morceau n'est pas de Salomon ; autrement, par son étendue, son importance, et la perfection de sa forme, il aurait mérité d'être placé immédiatement après le chapitre ix. Quel que soit l'auteur, nous n'avons pas lieu d'hésiter à reconnaître là une parole divinement inspirée, et un des plus beaux morceaux de la poésie hébraïque.

Quelle est maintenant cette femme forte ? Plusieurs pensent que Salomon a voulu faire là le portrait de sa mère Bethsabée, et lui rendre en éloges ce qu'il venait d'en recevoir en conseils. Mais alors même qu'on pourrait sûrement attribuer ce morceau à Salomon, il semblerait singulier que Bethsabée eût servi de type au portrait qui est ici tracé. Cette femme dut son élévation à un double crime, et quel que fût le consentement qu'elle y apporta, on peut trouver qu'elle se consola bien facilement de la mort d'Urie. L'Evangile qui dans la généalogie de Notre-Seigneur nomme Thamar et Rahab, désigne Bethsabée par cette périphrase : Ea quæ fuit Urie (Matth. 1,6). Elle partagea la pénitence de David, sans nul doute : mais comment dire d'elle sans restriction : Confidit in ea cor viri sui ? Comment de plus appliquer à une reine orientale des traits comme ceux-ci : Consideravit agrum, et emit eum... Nobilis in portis vir ejus... De nocte surrexit, dedique prædam domesticis... Sindonem fecit, et vendidit ? Il est évident que l'auteur à voulu tracer le portrait idéal de la femme forte, en empruntant les traits aux mœurs de son temps et de son pays.

Au sens spirituel, on a fait de ce tableau différentes applications. La tradition juive y voyait le symbole de la loi et de la sagesse ; les Pères, S. Ambroise, S. Augustin, etc., y reconnaissent l'Eglise : « Mulierem fortem quis inveniet ? Velut rara sit, imo potius una, fortem mulierem intel- « ligit Ecclesiam Dei, vestram matrem, qua nihil fortius est, ut quæ moriatur per singulas exci- « tatas persecutiones, pro nomine viri sui. » (S.Epiphan. Ancorat.). S. Bernard applique ce passage à la Très-Sainte Vierge, « quæ adeo fortis fuit, et illius serpentis caput contereret, cui a « Domino dictum est : Inimicitias ponam, etc. » Parv. serm. ix. Enfin on y a vu encore le portrait de l'âme fidèle à Dieu. Toutes ces applications sont légitimes, et d'une vérification facile dans le détail.

L'historien d'Albert le Grand, le Docteur J. Sighart, croit que son remarquable commentaire sur la femme forte, fut composé pendant le séjour prolongé que fit le grand docteur à Würtzbourg (1264-1267). Dans ce commentaire, le bienheureux Albert développe la doctrine de la vie intérieure de l'Eglise. Il est vrai que la forme dont il revêt son argumentation et ses peintures, que ses analyses et ses divisions — un chapitre pour chaque verset ou lettre hébraïque, divisé en paragraphes — poussées jusqu'aux plus minutieux détails, ne sont plus née notre goût ; mais il est impossible toutefois de ne pas rendre justice à la valeur intrinsèque et positive de ce travail, qui renferme souvent, dans les mots les plus simples, les pensées et les images les plus éclatantes, et de ne pas admirer la connaissance extraordinaire de l'Ecriture et des Pères, qui en jaillit à toutes les pages.

Ainsi que nous l'avons dit, ce commentaire est divisé en 22 chapitres, égal au nombre des versets que renferme le poème et des 22 lettres de l'alphabet hébreu, lettres qui sont interprétées et commentées les unes après les autres, et rapprochées du texte du verset.

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LIBER DE MULIERE FORTI

Concionatoribus maxime utilis.